La chasse à la perruche
Nous étions tranquillement (enfin aussi tranquilles que peuvent l'être nos repas de famille) en train de dîner un soir quand tout à coup, François nous a signalé la présence d'une perruche sur le balcon. Ouais. Evidemment, nous avons rapidement pris la décision d'essayer de la capturer. Pour capturer une perruche au pied levé, il faut se munir d'une boîte à chaussures (bien sûr puisque c'est au pied levé !) et de graines d'oiseaux (il nous en restait de celles que nous avions achetées pour l'hiver) et surtout, se munir... de patience. Ce n'est pas farouche, la perruche, c'est habitué à côtoyer de près l'être humain (même un être humain tel que François ne l'effrayait pas !), mais ça ne se laisse pas attraper pour autant, même si c'est quand même bien resté à se balader sur l'étendoir (qui lui rappelait sans doute les barreaux de sa cage). On a bien rigolé à observer François devenir fou petit à petit, tenter d'imaginer des combines plus farfelues les unes que les autres pour l'attraper, puis quand nous, le reste de la famille nous sommes lassés et avons abandonné François à son triste sort de chasseur de perruche, celui-ci est finalement revenu après un moment avec la bête dans la boîte (c'est bizarre, hein, comme dès qu'on surveille plus ça marche mieux, elle a dû se prendre un gros coup de savate dans la tronche).
Quoi qu'il en soit, elle vivait encore dans la boîte, mais c'est sûr qu'elle manifestait bruyamment son mécontentement (sa douleur ??). Au bout d'un moment, elle a fini par se calmer (et elle vivait toujours). Ce silence soudain nous a permis de réfléchir et de nous rendre compte :
- que nous n'avions pas de cage (justement parce que nous ne voulions pas d'oiseau)
- que nous partirions en vacances bientôt et qu'il était hors de question d'emmener la perruche et que personne ne pouvait s'en occuper pour nous (justement la raison pour laquelle nous ne voulions pas d'oiseau)
- qu'on ne savait pas s'occuper d'une perruche (et d'abord n'aurait-il pas fallu en capturer une deuxième, ça ne vit pas en paire ces bestioles là ??)
Bref, qu'on se retrouvait bien emmerdés avec cet oiseau maintenant qu'il n'était plus dehors sur l'étendoir mais chez nous dans une boîte en carton, lieu où le décompte de la durée de sa vie venait de prendre un bon coup d'accélérateur.
Pour autant, il n'était pas envisageable de la libérer, après s'être fatigués à la capturer, d'autant que c'était lui promettre une mort certaine.
Une fois définitivement écartée l'idée pourtant tentante de la garder pour nous, nous nous sommes mis en quête de trouver son propriétaire dans le voisinage. La conclusion que ce propriétaire était dans le coin a été tirée à partir de l'hypothèse que ce type de piaf ne sait pas voler (ou en tout cas ne vole pas) et qu'il ne venait pas de loin (il aurait trouvé la mort en route). Le tour des voisins fut donc effectué mais personne ne revendiquait la propriété de la bête, personne ne connaissait de propriétaire de perruche dans le voisinage immédiat (et celui à qui on a demandé et qui avait fait exprès de laisser la porte de sa cage ouverte pour que le piaf se tire et qu'il en soit débarrassé ne s'est pas trahi). On a fini par apprendre l'existence d'une amoureuse des perruches qui habitait un peu plus haut dans notre rue et qui en possédait un nombre impressionnant, d'après les rumeurs. On y est allé, la perruche n'était pas à elle, mais elle s'est volontiers proposée de la recueillir.
Alors, sans prendre plus le temps de réfléchir et de revenir sur notre décision de nous séparer de la perruche, nous avons finalement confié le sort de notre nouvelle copine jaune et verte fluo à cette dame et nous nous en sommes retournés chez nous, avec l'espoir d'avoir ainsi sauvé une vie.


